Les précautions à prendre avant un voyage en l’absence de tout accident drépanocytaire récent :
Oxygénation
À moins d’être sous O2 en continue au sol pour une raison particulière (lire la page Recommandations Pulmonaires), une personne drépanocytaire en bonne santé n’a pas à réserver d’oxygène pendant un vol qu’il soit court, moyen ou long-courrier d’après les recommandations d’usage.
L’indication d’une oxygénothérapie d’appoint se discute au cas par cas en fonction des antécédents pulmonaires, des éventuelles complications liées à la maladie drépanocytaire et de l’examen clinique lors de la visite d’aptitude au voyage. L’examen clinique doit comprendre au minimum la saturation à l’oxymètre de pouls, un ECG et des taux d’hémoglobine, de réticulocytes récents et une créatinémie (calcul de la clairance).
Une évaluation pulmonaire avec au besoin des EFR (épreuves fonctionnelles respiratoires) doit être effectuée par prudence lorsque la saturation à l’oxymètre de pouls retrouvée au cabinet médical est strictement inférieure à 97% sans raison apparente.
L’existence d’un syndrome thoracique aigu dans les mois précédents impose une évaluation de la fonction respiratoire avant le vol.
Une évaluation pulmonaire adaptée aux futures conditions aéronautiques ou de condition de vie en haute altitude comprend des EFR et des gaz du sang voire un test d’hypoxie. Celle-ci devra être systématiquement réalisé avant un vol en cas d’antécédent pulmonaire afin de respecter les recommandations en vigueur ( lire la page Recommandations et Pathologies Pulmonaires).
L’absence de centre spécialisé dans la prise en charge des pathologies liées à la drépanocytose SS peut être une indication d’oxygénothérapie pendant le vol. Lire la page Oxygène Assistance pour les modalités pratiques.
La saturation à l’oxymètre de pouls doit être strictement supérieur à 97 % pour espérer un voyage aérien sans histoire.
Anémie et Oxygène
La profondeur de l’anémie d’une personne drépanocytaire lui est propre. Celle-ci se situe classiquement aux alentours de 7 à 9 g/dl. Un chiffre à connaître avant un voyage, même en l’absence de toute symptomatologie. Ne serait-ce parce qu’il n’influence pas le résultat de la saturation à l’oxymètre de pouls ! Une baisse de saturation ne peut être liée qu’à une pathologie pulmonaire aiguë ou chronique sous-jacente et non la conséquence de l’anémie.
dogme : Un drépanocytaire homozygote dont le taux d'Hb serait inférieur à 8g/dl doit bénéficier d'une transfusion sanguine avant un voyage aérien.
L’hémolyse étant permanente, la chute de l’hémoglobine peut être brutale si la production de globules rouges devient insuffisante pour n’importe quelle raison (carence alimentaire en fer, régime, toxicité médicamenteuse etc.). Il faut donc connaître aussi le taux de réticulocytes. Il est le reflet de la bonne production de globules rouges par la moelle osseuse.
Quant à l’anémie, celle-ci étant chronique, elle est habituellement bien tolérée. Ce ne sera peut-être pas le cas en situation aéronautique. Notons qu’en l’absence de tout autre comorbidité, le seuil de tolérance d’une anémie en situation aéronautique est de 8 g/dl d’Hb. Un seuil qui ne saurait concerner les seniors et tout voyageur présentant des comorbidités cardio-pulmonaires et métaboliques avérées voire ignorées dont la drépanocytose. Lire la page Maladie du sang et Voyage
Une anémie chez une personne polypathologique doit faire discuter une oxygénothérapie d’appoint afin d’améliorer l’oxygénation des tissus. L’objectif étant d’avoir une saturation à l’oxymètre de pouls en vol supérieure ou égale à 97%.
N’oublions pas que le traitement d’une anémie repose sur la transfusion sanguine ou le traitement de l’affection en cause et non sur l’oxygénothérapie. Interrogez votre médecin référent.
Si une transfusion sanguine ou un échange transfusionnel est décidé (avec ou sans saignée), celle-ci se fera dans la semaine précédent le voyage.
La saignée s’impose chez un drépanocytaire composite SC en raison d’une viscosité sanguine accrue. Celle-ci peut se majorer sous l’effet des contraintes aéronautiques : hypobarie et sécheresse de l’air dans un contexte de déshydratation.
Hydratation
La quantité d’eau offerte par les compagnies aériennes étant limité pour des raisons logistiques, surtout dans certaines classes et chez les compagnies à bas-coût, il est indispensable de prévoir un apport personnel. Le voyageur drépanocytaire doit veiller à bien s’hydrater pendant tout le vol et respecter les consignes propres aux personnels navigants commerciaux (PNC) à savoir : boire 1,5 litres d’eau pour 4 heures de vol. La siccité de l’air de la cabine est en effet plus sèche que celle du désert le plus aride.
L’achat d’eau ne peut se faire qu’après avoir passé le dernier contrôle de sécurité. Il est toutefois possible de s’hydrater le plus correctement possible juste avant le passage de sécurité en buvant sa bouteille devant le contrôleur. La bouteille vide sera ensuite remplie dans les toilettes de la salle d’embarquement (prévoir une lingette désinfectante !).
Toute consommation d’alcool est d’autant plus déconseillée que celle-ci augmente la diurèse et aggrave une éventuelle déshydratation.
Les départs précipités sont à proscrire afin d’éviter toute déshydratation avant même d’embarquer.
Prévention de la maladie thrombo-embolique
Le port de chaussettes de contention est impératif.
Les déplacements en cabine et une bonne hydratation sont conseillés pour prévenir la maladie thrombo-embolique.
L’injection d’héparine de bas poids moléculaire est laissé à l’appréciation de votre médecin traitant en fonction de vos antécédents thrombo-emboliques ou de l’existence d’une thrombophilie personnelle ou familiale. Lire la page Phlébite et avion.
Notons que le senior voyageur présentant un trait drépanocytaire S (AS) présente un risque accru d’accident thrombo-embolique veineux et ce, en l’absence de tout thrombophilie personnelle ou familiale.
Vaccination
La remise à jour du carnet de vaccination ne saurait être remise en question.
Les vaccinations sont les mêmes pour tous les voyageurs qu’ils soient drépanocytaires ou non, vaccin contre l’hépatite B compris.
L’indication d’une vaccination préventive contre le pneumocoque est impérative.
Dans tous les cas, la vaccination ne saurait être limitée. L’objectif étant d’éviter toute pathologie pouvant aggraver la maladie drépanocytaire.
La vaccination contre la grippe est elle aussi impérative. Les virus grippaux circulants dans les deux hémisphères sont de fait contrôlés par la vaccination anti-grippale. Sa réalisation chaque année est conseillée. Il faut rappeler qu’une vaccination n’empêche en aucun cas d’attraper la maladie. En revanche, elle permet d’en atténuer les effets les plus néfastes pour l’organisme.
La vaccination contre la fièvre jaune est contre-indiquée chez la femme enceinte et chez les sujets immunodéprimés ( VIH avec CD4 < 200) ou traités par des médicaments cytotoxiques. Le traitement par Hydroxyurée n’est pas une contre-indication à la vaccination contre la fièvre jaune. Ce vaccin est indiqué pour tous les grands voyageurs survolant les zones endémiques de fièvre jaune pour la bonne raison qu’un avion de ligne n’est jamais à l’abri d’un incident en vol (plus médical que technique) nécessitant un déroutement avec atterrissage en zone endémique. Un contrôle sanitaire est dès lors possible à l’arrivée dans le pays de destination prévue. Il peut s’accompagner d’une mise en quarantaine sous contrôle policier d’une durée de 7 jours en l’absence de vaccination prouvée contre la fièvre jaune ! Avis aux amateurs !
Le vaccin Méningo ACYW135 est obligatoire pour les voyageurs se rendant en pèlerinage à la Mecque et pour ceux voyageant en Afrique sub-saharienne ( ceinture allant du Sénégal à l’Éthiopie).
Les vaccins doivent être fait 15 jours avant le départ au plus tard.
Prévention contre le paludisme
Le trait drépanocytaire, s’il confère une certaine résistance au neuropaludisme, ne met pas à l’abri une personne drépanocytaire d’un paludisme et d’un paludisme grave, de surcroît.
Toute infection à plasmodium falciparum peut entrainer des complications graves : anémie, insuffisance rénale, état de choc, infections bactériennes... De quoi déstabiliser l’état de santé d’un sujet drépanocytaire et de rajouter à ses complications les propres complications de l’infection à plasmodium falciparum.
Une prophylaxie anti-paludéenne s’impose en cas de séjour en zone impaludée.
Le traitement curatif (ou traitement de réserve) doit être différent du traitement préventif pris pendant le séjour.
voir le lien Recommandations pour les voyages des patients drépanocytaires du centre de références Maladies Rares «syndromes Drépanocytaires Majeurs
Tourista
Comme pour tous les voyageurs, se méfier des conséquences d’une diarrhée du voyageur sur ses pathologies connues. Les autres syndromes dysentériques ne sont pas en reste ! Lire la page Réflexes et Avion.
Affections cutanées
Traiter ses plaies cutanées liées, entre autre, aux piqûres d’insecte est impératif. Une précaution qui concerne aussi les drépanocytaires diabétiques ou souffrant d’une insuffisance veino-lymphatique. Lire le chapitre « À propos des chaussettes , bas et collants de contention» page Phlébite et Avion.
Affections dentaires
Une consultation chez un chirurgien-dentaire ou un stomatologiste est une précaution qui ne saurait être négligée avant un départ en voyage !
Affections oculaires
Une consultation opthalmologique est conseillée. Vous pouvez l’inclure dans votre parcours de soin habituel.